VOL A L’ARRACHÉE: Quand Les Malfrats Dictent Leur Loi

Alors qu’elle attendait tranquillement son bus à la station Shell de Keur Massar, sur les deux voies de Jaxaay, Amy (nom d’emprunt), environ la trentaine, a subitement vu son téléphone portable piqué par des voleurs à bord d’un scooter. Ses tentatives de récupérer son bien resteront vaines, devant la rapidité de ses bourreaux. Loin d’un acte isolé, le cas de la jeune dame est illustratif d’un banditisme qui n’a cessé de gagner du terrain à Keur Massar. Reportage.

La scène est digne d’un film hollywoodien. La montre n’affiche que 8h 15 minutes, quand Amy, la trentaine, voit sa matinée connaître un basculement spectaculaire. Jean bleu et chemise blanche bien enfilés, perruque soigneusement mise sur la tête, la jeune dame qui avait les oreilles bouchées par des écouteurs blancs, semblait écouter quelque chose avec son télé-phone portable. Des informations ? De la bonne musique matinale, pour se mettre en forme ? Personne ne sait. Mais la fraîcheur qu’elle dégage devant l’arrêt bus a connu une fin tragique. En cause, deux individus à bord d’un scooter lui ont furtivement arraché l’appareil dont elle dévorait l’écran des yeux. Surprise, et probablement avec un cœur qui bat la chamade, Amy ne laisse pas ses voleurs filer avec le «butin».

Elle tente de récupérer son bien. Mais en vain. Leurs identités dissimulées dans leurs casques, les deux individus ont simplement mis la moto à fond, laissant derrière eux rien d’autre qu’un nuage de fumée noire. «C’est vrai-ment malheureux», a regretté une femme, la quarantaine, habillée en tenue traditionnelle. «Cet endroit est devenu dangereux. Les voleurs s’affairent en plein jour.Ils ne se cachent plus», déclare un homme qui confirme la fréquence des scènes de cette nature sur les lieux.

Quand l’heure porte malheur

Mais si Amy, malgré ses efforts, n’a pas pu arrêter les voleurs, c’est parce que des éléments ont joué en sa défaveur. Parmi ces éléments, il y a le facteur temps. En effet, le portable de la dame a été arraché le matin.Il ne faisait que 8 heures passées de 15 minutes. Ceux qui connaissent Keur Massar, savent que c’est un moment de la journée où le rond point de la station Shell refuse du monde. Des embouteillages à perte de vue.Dans l’air, les haut-parleurs diffusent toutes sortes de sons. Des mendiants aux bavardages des vendeurs, en passant par les klaxons de chauffeurs nerveux et le vrombissement continu des vieilles guimbardes, la station Keur Massar offre en ces moments une pollution sonore d’une rare particularité. Ainsi, Amy dont la voix est noyée dans ce cocktail sonore, a eu du mal à se faire entendre par les gendarmes qui, visiblement,étaient plus préoccupés par la fluidité de la circulation.

Silence coupable des populations ?

En ville, chacun s’occupe de ses oignons, a-t-on l’habitude d’entendre. Cette réalité, si tant est qu’elle soit une, Amy l’aura apprise à ses dépens. Quand les«voyous» se sont emparés de son téléphone portable,la dame n’a pu compter que sur elle-même. Derrière le scooter que l’on croirait sur le «Paris-Dakar», elle n’avait que sa faible voix pour crier et ses lents pas pour courir. Les appels qu’elle lança n’eurent aucun effet auprès des passants. Si certains, stupéfaits, écarquillaient leurs yeux pour admirer la scène, d’autres,visiblement insensibles ou ne comprenant pas ce qui se passe, continuaient tranquillement leur course matinale pour regagner leur poste au travail. Une situation qui, de toute évidence, constitue une aubaine pour les malfrats. Cela, parce qu’elle leur donne au moins l’assurance de pouvoir franchir le blocage immédiat que devrait constituer la «solidarité entre populations». «Ils (les voleurs, ndlr) vont retourner pour vendre le portable au marché. Si la dame revient dans l’après-midi, elle pourrait retrouver son téléphone»,s’est contenté de dire un homme, environ 50 ans. Ce qui veut dire donc qu’à l’instar de nombreuses autres victimes des voleurs à l’arrachée, Amy n’aura que la voie du recours policier ou judiciaire, pour espérer re-trouver son bien.

Des voies dont la lourdeur des procédures constitue souvent une réelle source de découragement pour quantité de citoyens. Ce qui, de fait, pourrait jouer en faveur des malfaiteurs qui, en attendant que l’étau de la police se resserre contre eux, continuent de dicter leur loi.

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