VACCINS ANTI COVID-19: Les sénégalais entre approbation et réticence

Alors que les doses de vaccin Sinopharm, reçues mercredi 17 févier, sont déjà acheminées à l’intérieur du pays et que la stratégie de vaccination élaborée par les autorités sanitaires est en passe d’être mise en œuvre, les sénégalais sont encore partagés entre approbation et doutes au sujet des vaccins qui sont présentés comme une bouée de sauvetage face au virus qui a fini de bouleverser le monde.

«Je ne suis pas du tout prête pour me faire vacciner. J’ai des doutes. Il n’y a rien qui nous prouve que c’est le même vaccin qui a été utilisé en Europe», a déclaré une élève en classe de Terminale, sous le couvert de l’anonymat, trouvée sur la Voie de dégagement nord (Vdn),en face du siège du Parti démocratique sénégalais (Pds). Sa camarade, visible-ment très intéressée par le sujet, se montre plus catégorique. «Mes pensées me poussent à croire que le vaccin a été créé pour réduire la population africaine, voire de rendre les femmes stériles», a-t-elle éructé. A côté d’elle, une autre demoiselle. Celle qui complète le trio dira : «je partage l’avis de mes camarades. Je pense que nous servons de cobayes aux autres pays». Les trois filles ne cachent donc pas leur doute quant au remède contre le coronavirus que le vaccin est censé constituer.

Mais si les jeunes élèves se montrent catégoriques et agitent des thèses à la limite «complotistes», d’autres nourrissent, certes, une peur, mais se révèlent plus tolérants. C’est le cas de ce vendeur d’arachide trouvé devant son étal, aux abords de la Vdn. «Personnellement, j’ai peur au vu de tout ce qui s’est passé de-puis l’apparition du virus à la création du vaccin. On a peur que le vaccin ait des effets secondaires sur notre corps», a-t-il avancé. A la question de l’existence des vaccins depuis des siècles, l’homme qui refuse de dire son nom répond : «je trouve que c’est différent, car le corona-virus est nouveau et c’est tout le mystère qu’il comporte à savoir d’abord s’il existe ou pas, qui me pousse à avoir des réticences sur le vaccin». Sous le soleil de 15 heures, un jeune homme de teint noir, grand de taille, rencontré dans les rues de Mermoz, brandit, lui aussi, l’ignorance par rapport à ce que le vaccin pourrait occasionner comme éventuels effets secondaires. «J’ignore la réaction que cela aura dans mon corps. J’ignore s’il a déjà été testé autre part…», s’est-il demandé.

«Le vaccin est le bienvenu chez moi» En effet, depuis un moment, des rumeurs n’ont cessé d’alimenter les discussions sur les éventuels effets que pourraient avoir les vaccins sur la santé.Cela, malgré les assurances des autorités et autres voix autorisées. Mais, semble-t-il, les doutes ne sont pas encore dissipés.Ce que d’autres sénégalais ont du mal à intégrer. Quelqu’un comme Moussa Dramé,un sexagénaire trouvé sous l’ombre d’un arbre à Mermoz, croit fermement que le vaccin reste une solution face à la covid-19. «Le vaccin est le bienvenu chez moi.Qu’est-ce qu’on serait devenu s’il y avait un refus de vaccins contre les maladies comme la coqueluche ou la fièvre jaune,par exemple ?», a-t-il posé comme inter-rogation. M. Dramé, visiblement très au fait de ce qui se passe, poursuit : «le vaccin a été créé pour contrer le virus. Il n’y a pas d’autres explications», dit-il. Non sans reconnaitre les enjeux commerciaux qui sous-tendent la circulation des doses,notre interlocuteur met en garde : «il faut noter qu’il y a une grande guerre entre les compagnies qui fabriquent les vaccins», a-t-il affirmé.

«Mais quant à ce qui est de la fiabilité et de la peur des gens, je pense qu’il y’a une grosse désinformation»,conclut Moussa Dramé.Trouvé dans un restaurant, à côté du lycée Ngalandou Diouf, Ablaye Ndoye, qui ne doit pas dépasser la trentaine, teint noir, se dit prêt à se faire injecter. «J’ai vu que les vaccins sont arrivés, et je suis tout à fait prêt à prendre une dose. Le vaccin aété créé pour aider les gens. Je ne vois aucun inconvénient à le prendre», rassure le jeune homme. Un avis qu’Ablaye partage avec Ibou Diémé, le serveur du restaurant. «La vaccination est une bonne chose. Pour les réticents, je pense que la question de la mort ou de la vie relève du domaine du divin. Une personne peut tomber malade et guérir et une autre nerien avoir et mourir.

Il faut savoir faire confiance dans la vie pour avancer», sermonne l’homme qui se distingue par son robuste corps. A la première porte de Mermoz, nous retrouvons Coumba Baldé. La quinquagénaire est la présidente «badienou göx» dudit quartier. A la question de sa-voir si elle va se faire vacciner ou pas, la dame livre une réponse sans ambages : «je serai la première à me faire vacciner,pour vous dire à quel point je suis pour»,dira-t-elle. Pour la responsable des «Badienou Gox», les autorités n’ont aucune raison d’amener au Sénégal des vaccins qui nuisent à la santé des populations.Pour elle, le bruit suscité par les vaccins n’est rien d’autre qu’une «grande ignorance».

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