La Maison-Blanche est décidée à frapper Damas

Dix ans après le déclenchement de la guerre en Irak, il n’y a quasiment plus de doute: l’Amérique va aller frapper en Syrieles positions du régime d’Assad, et probablement très vite, peut être même avant le départ mardi d’Obama pour l’Europe et le sommet du G20 prévu jeudi à Saint Pétersbourg.

 

Cette volonté déjà martelée par maints responsables américains, est devenue évidente après l’intervention télévisée du secrétaire d’État John Kerry, puis celle de Barack Obama, ce vendredi.

Le président a évoqué «l’obligation américaine en tant que leader (…)de faire en sorte que quand un gouvernement utilise des armes prohibées, il en soit tenu responsable». «Il ne s’agira pas d’une opération majeure», a toutefois dit Obama, tout en précisant qu’il n’avait toujours pas pris de «décision définitive» sur le type de riposte à apporter.

Quelques minutes avant, le responsable de la diplomatie américaine avait indiqué que les rapports du renseignement américain, dont une partie a été déclassifiée pour l’usage du grand public, montraient sans ambiguïté que le régime d’Assad était responsable de l’utilisation d’armes chimiques le 21 août contre son peuple, et de la mort des 1429 victimes déjà recensées. «Nous savons que les responsables du programme d’armes chimiques syrien se trouvaient sur les lieux trois jours avant les faits et que des éléments du régime avaient été prévenus qu’ils devaient s’équiper de masques de protection», a lancé Kerry.

«Ce sont des faits, des preuves, du bon sens», a-t-il ajouté, affirmant que «le problème n’est plus ce que nous savons, mais ce que nous allons faire». «Certains évoquent le risque de l’action, mais nous devons nous interroger sur le risque de ne rien faire», a poursuivi Kerry, rappelant que d’autres pays – sous entendu l’Iran – suivaient avec attention la réponse américaine pour en tirer des leçons sur son éventuelle faiblesse.

«Certains évoquent le risque de l’action, mais nous devons nous interroger sur le risque de ne rien faire»

John Kerry

Son plaidoyer fervent en faveur d’une «réponse militaire américaine limitée» – qui ne sera pas une répétition du scénario irakien, a-t-il promis – confirme «le coup de semonce» qui va cibler les centres de commandement d’Assad. Obama comme John Kerry ont dit «comprendre la fatigue» des Américains vis à vis des guerres, mais il a aussi souligné que «cette fatigue ne peut exonérer» l’Amérique de ses responsabilités de superpuissance indispensable. «Il y va de ce que nous sommes, de notre intérêt national, de notre crédibilité», a dit Kerry. Washington dit ne pouvoir tolérer une violation du système de non prolifération et d’interdiction qui couvre les armes chimiques, bactériologiques et nucléaires. «Si nous détournons les yeux quand un bandit et un assassin gaze des milliers de ses propres citoyens, notre résolution n’en finira plus d’être testée», a conclu le secrétaire d’État.

Envoyer un message dissuasif

Pas question toutefois d’envoyer des troupes au sol, ni d’instaurer de zone d’interdiction de vol pour aider la rébellion. Pas question de chercher à faire tomber le régime, but qui impliquerait une intervention de grande ampleur. La réponse sera «sur mesure», dit Kerry. Les frappes qui seront, selon toute probabilité, menées à l’aide de cruise missiles Tomahawk tirés depuis les destroyers américains basés au large des côtes syriennes, seront limitées.

L’intervention imminente qui se dessine n’en est pas moins fascinante, un an après l’appel d’Obama à faire «pivoter» la diplomatie américaine vers l’Asie et à se désengager du Moyen Orient. Malgré son allergie à se mêler d’une guerre civile lointaine et complexe, malgré l’hostilité de l’opinion et les appels du Congrès à le consulter avant toute action militaire, Obama le réaliste s’apprête à recourir à la force. Cette volte-face prouve qu’il n’est pas facile pour la superpuissance américaine d’échapper à ses responsabilités de gendarme du monde, si elle veut être respectée.

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