Ebola : nous manquons d’acteurs sur le terrain. Le virus est incontrôlable

C’est une épidémie sans précédent. Selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la santé, le virus Ebola a fait 729 morts en Afrique de l’Ouest, et la fièvre hémorragique continue de se propager. Médecins sans frontières, dont les équipes sont déployées sur place, peine à contrôler l’épidémie. Témoignage d’Antoine Gauge, membre de l’association humanitaire.

À l’heure actuelle, on ne sait toujours pas comment le virus Ebola est apparu en Afrique de l’Ouest. Certains animaux comme la chauve-souris étant des réservoirs naturels du virus, il est probable que la première contamination ait eu lieu de l’animal à l’homme. Depuis lors, la transmission secondaire s’est fait uniquement d’homme à homme.

 

Nous ne réussissons pas à contrôler la transmission

 

La transmission de la maladie n’advient que par le contact rapproché avec un malade, car seuls les fluides corporels sont contaminants. La salive, la sueur, le sang, l’urine : tout ce qui ressort du corps est susceptible de transmettre le virus. En revanche, à la différence d’une grippe, la maladie ne se transmet pas par voie aérienne.

 

Après l’apparition des premiers symptômes, l’évolution de la maladie peut être rapide et conduire à un décès en cinq à quinze jours. Le taux de mortalité est toutefois moins élevé qu’au début de l’épidémie, il est environ de 60%.

 

Aujourd’hui, nous ne réussissons pas encore à contrôler la chaîne de transmission et ne disposons d’aucun traitement ayant suivi tous les processus de validation médicale nécessaire pour garantir son utilisation.

 

La prise en charge consiste à traiter les symptômes de l’Ebola, comme la fièvre, la diarrhée, ainsi que les maladies opportunistes comme la malaria. En réhydratant les patients, par exemple, et fournissant des soins palliatifs, afin qu’ils développent des anticorps, ce qui leur laisse plus de chances de guérir.

 

Le nombre de malades est en nette augmentation

 

La situation est inquiétante du fait que le nombre de foyers épidémiques est élevé, et que le nombre de cas est en nette augmentation, principalement en Sierra Leone et au Liberia.

 

En Sierra Leone par exemple, près de 60 patients sont admis dans le centre de traitement de Kailahun géré par MSF près de la frontière guinéenne. En Guinée, où je suis actuellement, nous enregistrons plus de 15 cas. Sans compter les plusieurs centaines de personnes “contacts” que l’on suit, c’est-à-dire qui ont été en contact avec des personnes malades de l’Ebola, et que l’on surveille pendant la période d’incubation, soit 21 jours.

 

Entre ces trois pays, les populations bougent beaucoup. Elles voyagent de village en village, traversent les frontières, car elles bénéficient de bonnes conditions de transports, contrairement à d’autres pays comme la République Démocratique du Congo. Ce facteur constitue clairement un moyen de dissémination de la maladie.

 

Il nous faut plus de médecins et plus de moyens

 

Nous manquons aujourd’hui d’acteurs sur le terrain pour la prise en charge des patients. La Croix Rouge, l’Organisation mondiale de la santé et les gouvernements nous aident pour le volet communication et suivi des “contacts”. Mais nous sommes les seuls à avoir l’expertise nécessaire pour soigner les malades.

 

En Guinée, plus de 300 personnes, nationaux et internationaux, travaillent sur le terrain : des médecins, des infirmiers, des hygiénistes et des ressources de support.

 

Il devient aujourd’hui urgent de déployer davantage de moyens, en renforçant nos volets d’action :

 

– assurer la communication, l’information et la sensibilisation des populations locales ;

– assurer un suivi efficace des “contacts” afin de pouvoir les prendre en charge immédiatement en cas de symptômes ;

– prendre en charge médicalement les cas confirmés et les cas suspects dans les centres de traitement de l’Ebola ;

– assurer que les enterrements soient sécurisés : le corps d’une personne décédée d’Ebola est encore extrêmement contaminant ;

– maintenir les efforts de formation et d’information du personnel médical des hôpitaux sur les précautions universelles et la maladie.

 

Certaines localités refusent nos interventions

Ces quatre volets sont indispensables car on s’aperçoit, dans la mesure où l’épidémie est nouvelle dans la région, que persiste une méconnaissance de cette maladie, qui peut par ailleurs provoquer une peur et une résistance de la population dans certaines localités. Nous avons ainsi déjà assisté à des refus de laisser entrer les équipes médicales dans certains villages, où l’on nous a refusé l’accès, comme au nord du Libéria. On y observe une résistance envers l’intervention des humanitaires, et parfois nos collègues doivent faire demi-tour.  Or, pendant ce temps, la maladie se développe dans les villages. C’est pourquoi il est indispensable de mobiliser tous les moyens des pays concernés, afin d’assurer une meilleure sécurité et de négocier pour faciliter l’accès aux patients.

 

Il est peu probable que l’épidémie arrive en Europe

Nos équipes ont besoin du soutien de tous les acteurs pour parvenir à contrôler cette épidémie. Les personnes travaillant dans les centres de traitement ont des responsabilités importantes, et doivent respecter des consignes de protection très strictes. Les équipes médicales, mais aussi celles qui s’occupent de l’hygiène, s’occupent des patients dans des conditions très difficiles. Elles portent des combinaisons pour une protection complète, ce qui est pénible dans des pays où il fait très chaud. Elles ne peuvent pas rentrer en zone d’isolation plus d’une heure, et ce trois fois par jour, tant le moindre geste doit être bien calculé et tant le stress est difficile à supporter. Le risque zéro de propagation de l’épidémie n’existe pas, mais il est très peu probable qu’elle arrive en Europe. Des mesures sont prises par les compagnies aériennes et les contrôles sont actuellement en train de se renforcer dans les aéroports. De plus, les systèmes de veille épidémiologique et les meilleures conditions hygiéniques permettraient d’endiguer rapidement la transmission du virus.

 

Il faut désormais renforcer la sensibilisation des voyageurs, mais il n’est pas question d’interdire les sorties du territoire.

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