DR ABDOUKHADRE SANOKO, SOCIOLOGUE: «Il y a une sorte d’égoïsme rationnel qui voudrait que chacun se penche sur ses propres préoccupations»

«La société dans laquelle nous vivons et qui s’appelle société modèle ne développe plus la consolidation des liens sociaux. L’instance familiale se nucléarise de plus en plus. Nous sommes plus dans un contexte d’individualisme. On a même l’impression que nous frisons ce que l’on appelle le nombrilisme. Il y a une sorte d’égoïsme rationnel qui voudrait que chacun se penche sur ses propres préoccupations. C’est ce que les wolofs appellent la culture du «bop sa bop». C’est-à-dire, ce n’est plus le groupe qui prime, mais il y a une inversion de la tendance qui a fait que c’est l’individu qui est promu.

Les gens font tout pour préserver leur propre intégrité physique, pour préserver leurs intérêts financiers, au détriment de l’intérêt général. Donc, fondamentalement,des valeurs comme la solidarité

., le partage ou la communion ont commencé à s’effriter. Cela fait qu’il est rare, aujourd’hui, de voir des gens hypothéquer leur propre vie, pour la protection exclusive d’un voisin ou d’un prochain. Ce qui rend difficile la possibilité de parler de solidarité. La famille était l’instance de socialisation par excellence.

Mais aujourd’hui, ce n’est plus la famille qui porte l’éducation des uns et des autres. Cette cellule a cédé la place au couple qui est une histoire d’époux et d’épouse, de conjoints, etc. Dans les instances familiales, on inculquait aux gens les principes fondamentaux de la solidarité et du partage. Maintenant, ce n’est plus le cas.

Les gens sont dans des cercles restreints, au niveau des appartements ou des studios, en nombre très réduit. La société a versé, très rapidement, d’un pan à un autre. Et cet autre pan n’est rien d’autre qu’une société individualiste, une société nucléaire qui pro-meut des contre valeurs. C’est même considéré comme une sorte de faiblesse que de vouloir prendre l’intérêt des autres en compte. C’est ce qui nous amène aujourd’hui à cette cacophonie sociétale»

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire