Crash du MH17: Kiev accuse les rebelles de vouloir cacher des preuves

Un accord a été trouvé avec les séparatistes de l’est de l’Ukraine pour l’instauration d’une « zone de sécurité » autour du site du crash du vol MH17, abattu jeudi par un missile près de Donetsk avec 298 personnes à son bord. Des enquêteurs de l’OSCE, des Pays-Bas et de la Malaisie sont sur place. Kiev accuse les rebelles de vouloir cacher des preuves.

Avec nos envoyés spéciaux à Kiev,Anastasia Becchio et Boris Bichit, et à Donetsk, Damien Simonart

Un accord a été trouvé entre les séparatistes et le « groupe de contact », réunissant l’Ukraine, la Russie et l’OSCE : une zone de sécurité de 20 kilomètres sera créée autour du site du crash de l’avion malaisien abattu au-dessus de l’est de l’Ukraine, jeudi. L’objectif est, selon Valentyn Nalyvaïtchenko, chef des services de sécurité ukrainiens.

Les corps en cours d’évacuation

Les corps des victimes sont en train d’être évacuées de la zone du crash, a constaté le correspondant de RFI sur place. Les corps des victimes sont placés dans des sacs mortuaires et transportés sur civière. La zone est désormais très fortement sécurisée. Il y a des militaires partout dans la zone où se trouvent les corps. Ces hommes portent des uniformes des anciennes forces spéciales de la police ukrainienne, mais aucun insigne.

Les observateurs de l’OSCE sont arrivés en fin de matinée (10 h TU) sur la zone du crash. Ils ont été reçus, de nouveau, par l’un des commandants des forces rebelles. Mais la situation a été compliquée : les rebelles pro-russes ont mis un bus en travers de la route pour empêcher les observateurs de l’OSCE de passer en voiture. C’était la condition imposée par les rebelles, que les enquêteurs se rendent sur le site du crash à pied.

Kiev accuse les rebelles de vouloir faire disparaître des preuves

L’agence de presse ukrainienne UNIAN affirme que les insurgés ont emmené 38 corps à la morgue de Donetsk, où les rebelles s’apprêtaient à mener leur propre expertise. Andrii Lyssenko, porte-parole du Conseil national de sécurité, n’a pas été en mesure de confirmer cette information, qui figure pourtant dans un communiqué du gouvernement ukrainien. Le gouvernement accuse notamment les rebelles de chercher à se procurer des véhicules pour transporter les restes de l’avion en Russie.

« Les terroristes n’interdisent pas de recueillir des preuves, au contraire, ils obligent nos sauveteurs à recueillir des preuves et à les leur remettre », a expliqué Andrii Lyssenko lors d’une conférence de presse à Kiev. Il confirme également que les rebelles continuent de contrôler totalement la zone où s’est écrasé le Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Le porte parole du Conseil national de sécurité a expliqué que les secouristes du ministère ukrainien des Situations d’urgence avaient jusqu’ici retrouvé 186 corps. Il a fait comprendre que ses hommes travaillaient quasiment avec un fusil sur la tempe. Et, toujours selon Andrii Lyssenko, les autorités de Kiev ne disposent pas non plus des boîtes noires de l’appareil.

Où transporter les corps ?

Dans ce contexte, l’accord entre les séparatistes pro-russes et les observateurs internationaux sur la délimitation d’une zone de sécurité risque d’être très délicat à trouver. Les autorités ukrainiennes ont affirmé leur volonté de prendre entièrement en charge l’accueil des familles. Elles ont aussi promis de faciliter les procédures de visas pour ceux qui en ont besoin. Des diplomates travaillent déjà à l’aéroport de Kiev, ce samedi matin.

Les autorités ukrainiennes doivent résoudre une équation délicate : comment organiser le rapatriement et l’identification des corps, l’accueil des familles des victimes, alors que la zone dans laquelle s’est produite la catastrophe est contrôlée par les rebelles séparatistes ? Il existe certes un laboratoire d’expertise médico-légale à Donetsk, mais la ville est aux mains des insurgés et des combats s’y déroulent. Le Premier ministre de la république autoproclamée de Donetsk promet de laisser les experts accéder au lieu de la catastrophe, mais, dans le même temps, il déclare qu’il n’est pas question d’observer un cessez-le-feu. Alexandre Borodaï souligne également que Donetsk ne dispose pas de suffisamment de réfrigérateurs pour garder les corps, dont plus de 180 ont été retrouvés jusque-là.

Les autorités ukrainiennes envisagent donc d’ouvrir un laboratoire spécial pour l’identification des victimes à Kharkiv, la grande ville du nord-est du pays, située à quelque 300 km de Donetsk. C’est aussi là que les parents des victimes pourraient être hébergés, et seront aidés par des psychologues et des volontaires. Les autorités ukrainiennes ne donnent aucun autre détail, notamment sur les délais, qui dépendent évidemment de la situation qui prévaut dans la région de Donetsk.

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