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Brésil: l’enfer de la prison de Pedrinhas

C’est une scène d’une atrocité rare. Mais c’est une scène commune à la prison de Pedrinhas à São Luís dans l’Etat du Maranhão (nord-est du Brésil). Trois prisonniers décapités gisent sur un sol rougi par leur sang. Autour des corps, une dizaine d’autres détenus filment leurs victimes en rigolant. Les têtes découpées et lardées de coups de couteau sont fièrement exhibées par certains comme des trophées. Les images sont insoutenables. Elles viennent d’être diffusées sur le site du journal brésilien, A Folha de São Paulo.

Le 17 décembre dernier, une rixe entre prisonniers éclate dans la prison de Pedrinhas. D’après le gouvernement du Maranhão, elle oppose les membres d’un même gang. Alertés, des agents pénitentiaires interviennent pour séparer les émeutiers. Trop tard. Plusieurs dizaines de coups de couteau ont été échangés : cinq prisonniers ne survivront pas. Trois d’entre eux, Diego Michael Mendes Coelho, 21 ans, Manoel Laércio Santos Ribeiro, 46 ans et Irismar Pereira, 34 ans, ont même été décapités par leurs anciens alliés.

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60 morts en 2013

L’année dernière, 60 détenus de Pedrinhas sont morts dans l’enceinte de la prison. Deux autres ont été tués depuis le 1er janvier. Dans ce centre de détention qui accueille 2 500 détenus pour 1 700 places disponibles, une guerre sans fin entre gangs rivaux tue chaque semaine ou presque. D’un côté, les urbains ; ce sont les prisonniers originaires de São Luís, la capitale. De l’autre, les ruraux qui viennent de l’intérieur du Maranhão. D’après le conseil national de Justice, notamment chargé du maintien des droits de l’Homme dans le pays, les pouvoirs publics sont incapables d’éradiquer cette violence. La gouverneure de l’Etat du Maranhão, Roseana Sarney, n’a pas voulu commenter les images des détenus décapités.

Hier, elle a accepté l’aide du Ministre de la Justice, qui lui a proposé le transfert de 25 détenus considérés comme les plus dangereux dans d’autres prisons du pays. Pas sûr que cela soit suffisant pour pacifier la situation à Pedrinhas. Car d’autres formes de violences s’y produisent chaque jour, à commencer par les viols de certaines épouses de détenus en visite à la prison.

Des femmes de détenus violées

En fin d’année dernière, Douglas Martins, juge travaillant au conseil national de Justice, a lancé un appel au gouvernement pour faire cesser les viols à Pedrinhas. D’après lui, des chefs de gang incarcérés menacent d’autres détenus au sein même du centre : si leurs épouses ou leurs sœurs n’acceptent pas de relations sexuelles alors ils se feront tuer dans leurs cellules. « Certaines proches de prisonniers, des épouses ou des sœurs, se font violer en prison pour éviter que leurs maris ou leurs frères soient assassinés. C’est une grave violation des droits de l’Homme », explique Douglas Martins au Jornal do Brasil. Les viols ont parfois lieu dans les cours de la prison à des endroits fréquentés par plus de 250 détenus. « C’est une honte ! » s’emporte Douglas Martins. Pour lui, les visites de proches de détenus devraient avoir lieu dans des lieux isolés au sein de la prison. « Ce sont les chefs de gang de la prison qui ont obtenu de la direction de Pedrinhas ces visites dans des emplacements où tous les détenus ont accès. Il faut absolument changer cela. »

Surpopulation carcérale

La prison de Pedrinhas est certainement l’une des moins bien administrées au Brésil. Le mois dernier, les autorités ont découvert un tunnel qui a permis à 90 prisonniers de s’évader… Mais d’autres centres de détention sont tout aussi dangereux notamment dans le Minas Gerais (sud-est du pays), l’Etat qui accueille le plus de prisonniers (environ 50 000). En tout, environ 515 000 personnes sont sous les verrous au Brésil qui ne dispose pourtant que de 300 000 places disponibles en prison.

Une surpopulation carcérale qui conduit parfois à des drames comme celui de Carandiru en 1992. Dans cette prison de l’Etat de São Paulo, 111 détenus ont été tués suite à une émeute mal maîtrisée par les forces de l’ordre.

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