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Birmanie: 7 ans de prison pour deux reporters, l’ONU demande leur libération

Ce lundi 3 septembre, deux journalistes de l’agence Reuters, accusés d’« atteinte au secret d’Etat » pour avoir enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas par l’armée en Birmanie, ont été condamnés à sept ans de prison. Un procès qui a entaché un peu plus l’image de la prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi. « Nous continuons à demander leur libération », a rapidement déclaré à l’AFP Knut Ostby, le représentant de l’ONU en Birmanie.

Devant une salle d’audience remplie de journalistes et de diplomates, le juge Ye Lwin a déclaré, ce lundi 3 septembre 2018, que Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, en détention préventive depuis décembre 2017, « ayant tous deux porté atteinte au secret d’Etat, sont condamnés à sept ans de prison chacun ». Les deux journalistes birmans de Reuters risquaient une peine de quatorze ans de prison au terme de ce procès très controversé, dans un pays où l’indépendance de la justice est sujette à caution.

Les deux reporters, écrit l’Agence France Presse, sont accusés de s’être procuré des documents relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l’Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie, théâtre du drame rohingya. Ils enquêtaient sur un massacre de membres de la minorité musulmane dans le village de Inn Dinn. Quelques jours après leur arrestation, l’armée a reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingya le 2 septembre 2017, et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour ce massacre.

Grande tension

Ce verdict intervient dans un contexte de grande tension entre la Birmanie et la communauté internationale: il y a une semaine, des enquêteurs de l’ONU ont publié un rapport évoquant un « génocide » des Rohingyas et accusant directement l’armée, mais aussi le silence d’Aung San Suu Kyi, à la tête du gouvernement civil depuis 2016. Mardi dernier, la question de la poursuite des militaires birmans devant la justice internationale a même été débattue au Conseil de sécurité de l’ONU.

Le 1er septembre, à Rangoun, une centaine de manifestants ont réclamé la libération des deux reporters, au nom de la liberté de la presse. En 2017, plus de 700 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, face aux violences commises par les forces armées birmanes et des milices bouddhistes.

Poursuites maintenues

Le verdict était suivi de près par la communauté internationale, qui avait multiplié les appels à libérer les deux reporters, de Bruxelles à Washington. En dépit de ces pressions, la justice birmane a toujours maintenu les poursuites. Si les documents que détenaient les journalistes « s’étaient retrouvés entre les mains de terroristes, ces derniers auraient pu fomenter plus facilement de nouvelles attaques », avait d’ailleurs assuré le 20 août le procureur Kyaw Min Aung dans ses réquisitions.

Après l’annonce, tout a été très rapide souligne la correspondante de RFI à Rangoun, les deux reporters ont été emmenés immédiatement par la police. L’un d’entre eux, Wa Lone, a eu le temps de déclarer : « Je n’ai pas peur. La vérité est de notre côté ». Pour l’avocat des deux hommes, le verdict n’a pas été une surprise. Il a déclaré « ici, c’est la Birmanie. On espère le meilleur, mais on se prépare pour le pire. C’est une décision décevante pour le pays, la démocratie et la liberté de la presse ».

Que va-t-il se passer maintenant ?

Les avocats comptent d’ailleurs vite faire appel de cette décision. « Nous allons faire tout ce que l’on peut, étudier chaque option pour les sortir d’ici », lancent-ils. La réaction onusienne a été rapide : « Nous continuons à demander leur libération », a indiqué à l’AFP Knut Ostby, le représentant de l’ONU en Birmanie. De son côté, l’agence Reuters dénonce les « accusations montées de toutes pièces » contre ses reporters. Reporters sans Frontières a qualifié lundi d’« inique » la condamnation à sept ans de prison des deux reporters de Reuters, puis a exhorté la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, à « remettre en liberté ces journalistes, dont le seul crime est d’avoir fait leur travail ». « C’est un jour noir pour la liberté de la presse en Birmanie », clame encore RSF. Le pays est classé 137e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de l’ONG en 2018.

RFI